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Interview avec M. Karim CHINE

lun, jan 25, 2010

Recherche, Ressources, Solutions

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Un ingénieur Tunisien qui innove. Basé à Cambridge, la ville des savants, Karim Chine travaille sur un projet très ambitieux autour du cloud computing.

Son projet a été présenté à des sociétés Technologiques de taille telle qu’Amazon, Oracle et Yahoo ainsi que dans des manifestations scientifiques internationales comme la conférence d’e-Science de l’IEEE et la conférence du calcul haute performance SC09. Il a été invité à donner des séminaires dans un grand nombre d’universités prestigieuses dont Oxford, Berkeley et Stanford.

 

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Karim CHINE, 34 ans, ancien de la faculté des sciences de Tunis où j’ai choisi d’aller en 1994 par passion pour la physique malgré un 17 au Bac qui m’offrait l’embarras du choix. J’ai pris le chemin des Grandes Ecoles françaises après avoir été admis à l’X. Je suis Ingénieur de l’Ecole Polytechnique (X96) et de Télécom Paris (2001). J’ai exercé pendant plusieurs années comme architecte logiciel dans l’industrie à Paris. J’ai fait mes premières armes comme ingénieur dans les laboratoires d’IBM à Paris, j’ai travaillé ensuite chez Schlumberger pendant trois ans, je suis parti en 2004, j’étais alors architecte de la de la division personnalisation. Je suis entré à la R&D d’ILOG, un des fleurons de l’industrie logicielle française qui s’est fait racheté par IBM. Mon départ d’ILOG a été motivé par un projet de retour au pays que le décès de mon père a remis en cause. J’ai alors accepté une offre de l’Institut Européen de Bioinformatique à Cambridge. C’est là qu’a commencé à germer ma vision de la plateforme Elastic-R. Après un bref passage à Imperial College London comme assistant de recherche, j’ai créé ma société Cloud Era tout en continuant à collaborer activement avec la communauté académique de l’e-Science du Royaume-Uni.

 

Karim le chercheur ?

Même si j’interviens dans des conférences internationales régulièrement, qu’il m’est arrivé de publier (j’ai par exemple contribué un chapitre au « Handbook of cloud computing » de Springer), je suis seulement fabriquant d’outils pour la recherche.  Mes travaux sur Elastic-R auraient pu donner lieu à une thèse de doctorat, une proposition dans ce sens m’a été faite il y a deux ans à Imperial College, cela ne s’est pas fait faute de temps. Je suis aujourd’hui dans une logique entrepreneuriale car seul un business model solide serait garant de la pérennité de mon projet mais ma motivation première et profonde reste celle d’être utile au monde académique et à la science. Seules des idées qui résolvent des problèmes véritables et améliorent significativement la productivité du chercheur, de l’éducateur et de l’étudiant ont une chance de sortir de l’ombre pour être adoptées. J’ai conçu Elastic-R dans cet état d’esprit et les invitations que je reçois régulièrement d’universités en Europe et aux Etats Unis indiqueraient que je serais probablement sur la bonne voie. Mes travaux sur le sujet m’ont valu de rejoindre le panel d’experts de la commission européenne pour l’appel à propositions FP7. Je participe à l’évaluation de projets qui visent à doter la recherche Européenne de la meilleure infrastructure numérique et des meilleurs outils logiciels.

 

En quoi consiste votre invention et quelles sont ses spécificités ?

Il s’agit en même temps  d’une plateforme logicielle d’un type nouveau et d’une vision de ce que pourraient devenir les outils de l’analyse de donnée et de la recherche computationnelle (donc d’une grande partie de la recherche de demain) si on les faisait profiter pleinement des technologies de l’information et de la communication et de l’énorme potentiel que représente le cloud.

 R est un langage et un environnement de statistique utilisé par plus d’un million de personnes de part le monde. Il est devenu l’environnement standard d’analyse de donnée, une sorte d’esperanto que tout le monde parle couramment dans un grand nombre de domaines de la recherche. Je permets aux chercheurs d’utiliser R avec infiniment plus de puissance et infiniment de plus flexibilité en le rendant accessible sur le cloud et utilisable à partir d’un simple navigateur. Je le couple avec un environnement complet de collaboration (une sorte de Google-docs). J’en fais une brique de base d’une infrastructure de calcul parallèle. Je l’intègre avec des feuilles de calcul centralisées et avec Excel. J’en fais la cheville ouvrière d’une plateforme hautement productive de construction d’applications analytiques et scientifiques, etc.

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J’ai imaginé et conçu l’architecture de cette plateforme ainsi que les scénarios d’interactions nouveaux entre les utilisateurs et leurs outils à travers elle. Pour passer de la conception à l’implémentation, le travail à engager a été titanesque. Il s’agit de plus 120000 lignes écrits dans divers langages et environnements de programmation et qui intègrent un très grand nombre de composants complexes. Comme il s’agit de code réparti avec de fortes contraintes (performance, disponibilité, sécurité, etc.), le tester et en garantir la stabilité est une gageure. J’y suis arrivé appliquant ce qu’on pourrait appeler la « croissance organique » qui consiste à faire évoluer l’ensemble de la plateforme en assurant à tout  instant qu’elle constitue un tout cohérent et opérationnel que les utilisateurs peuvent tester et critiquer. L’autre difficulté est de faire en sorte que le système puisse exposer à l’utilisateur des interfaces très simples et très intuitives mais qui lui laisse le contrôle nécessaire de son environnement.   

  

Quelles sont les applications de votre recherche dans l’éducation?

Elastic-R crée une synergie entre les outils utilisés pour l’enseignement de la statistique et de l’analyse numérique et les infrastructures-comme-service (le cloud). Elastic-R permet à l’éducateur de créer facilement les environnements nécessaires à son cours et de les rendre accessibles à ses étudiants. Ces derniers ont besoin juste d’un navigateur standard pour y accéder, ils peuvent collaborer entre eux en temps réel et interagir avec l’éducateur à travers le portail. Ce que les étudiants produisent comme résultats demeure sur leurs disques virtuels dans le cloud que l’éducateur peut consulter après le tutoriel. Les machines virtuelles associées à Elastic-R peuvent capturer l’historique des actions des étudiants et les rendre disponible à l’éducateur. Par ailleurs, l’utilisation du portail facilite significativement  l’enseignement à distance en combinant un ensemble de vues synchronisées connectées à l’outil de statistique (consoles, graphiques, feuilles de calcul, etc.) et des fonctionnalités de présentation avancées.

 Elastic-R permet aux éducateurs de créer très facilement des applications qui permettent de masquer la complexité des environnements tels que R, Scilab et Matlab. Ces applications peuvent être créées sans programmation et distribué avec de simples URLs. Les étudiants peuvent alors avoir accès à des modèles statistiques et numériques avancés sans avoir besoin d’apprendre des outils complexes. Les applications créées par un éducateur peuvent être réutilisées et améliorées par d’autres éducateurs. Des entrepôts peuvent être créés pour fédérer les contributions des uns des autres.

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 Savoir analyser des données est une compétence vitale pour quiconque s’engagera dans la science ainsi que dans un très grand nombre d’autres domaines. Il est grand temps de rendre les environnements d’analyse dominants aussi facile d’accès que facebook et twitter. C’est ce que fait Elastic-R et qui pourrait faire de R la « calculatrice universelle » que  même les collégiens seraient capables d’utiliser.

 

Quand est ce vous comptez commercialiser votre solution ?

Le noyau de ma plateforme est libre et gratuit ainsi que le l’essentiel des composants Java (dont l’environnement de travail ou le Workbench). Le portail Elastic-R qui sera disponible au printemps permettra à tout le monde de travailler avec R sur le cloud d’Amazon gratuitement, c’est-à-dire en ne payant que le coût dérisoire de l’instance de machine virtuelle (~100 millimes de l’heure pour la machine de base, ~900 millimes de l’heure pour un Quad Core à 15 Giga de RAM). Progressivement, en plus des machines gratuites, des machines un  peu plus chères seront mises à disposition à travers Elastic-R et permettront aux utilisateurs de travailler (en plus de R) avec des librairies de calcul et des interfaces analytiques propriétaires sur le cloud d’Amazon et sur Azure : il s’agit d’un nouveau modèle d’accès au logiciel où l’utilisateur paye à l’usage. Une fois que le portail aura fait ses preuves, une solution complète d’analyse de donnée et de calcul statistique traçable et reproductible qui combine le noyau et le portail d’Elastic-R avec une solution de cloud privée sera proposée à l’industrie pharmaceutique et aux éditeurs de journaux scientifiques. La facette « plateforme applicative » d’Elastic-R permet à tout le monde de créer et de rendre accessibles des applications analytiques tournant sur le cloud (pour navigateurs standards et pour smartphones) et ces applications pourront être partagées gratuitement ou vendues sur une place de marché numérique. D’autres directions seront également explorées telles que le couplage du cloud avec des environnements de workflow et avec Excel. La feuille de route exacte de tout cela dépendra des ressources que j’aurai à ma disposition.

 

Envisagez-vous des projets en Tunisie ?

Je suis en train d’explorer un certain nombre de possibilités pour créer une entité Recherche et Développement en Tunisie. L’accueil favorable de la part de responsables tunisiens que j’ai rencontrés m’encourage à persévérer dans cette direction. Je serais ravi de pouvoir participer à l’essor technologique déjà très largement entamé de la Tunisie. Les opportunités et le potentiel me paraissent très grands,  le sol technologique chez nous est désormais fertile et des graines comme Elastic-R pourraient y germer.

 

Un dernier mot pour la fin ?

 Peter Leyden écrit Dans « On the Edge of the Digital Age : The Historic Moment»: « nous sommes en train de vivre un moment extraordinaire dans l’Histoire. Les historiens se retourneront pour regarder notre époque, celle qui s’étend de 1980 à 2020, et la classifieront parmi la poignée de moments historiques où les humains ont réorganisé leur civilisation toute entière ».

La technologie, dont le cloud computing, est en train de doter tout un chacun d’un levier d’Archimède sans précédent. Il nous appartient à tous de l’utiliser pour soulever ce monde ancien et le remplacer par un monde dont nous pourrions dessiner le visage. Je fais partie de ces optimistes qui croient que ce visage pourrait être celui du partage du savoir, de la science ouverte et de solidarité numérique sans frontières.


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  • Oueslati Hassen

    En tant que Tunisien je suis fier de Karim et de toutes les intelligences tunisiennes à l’intérieur comme à l’extérieur de la Tunisie.

  • http://www.e-taalim.com Nadhir DOUMA

    Moi aussi.
    Félicitations Karim et bonne continuation.

  • http://www.ax-solutions.net Yassine

    Parfait


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